Le Règlement Général pour la protection des données. RGPD, 4 lettres qui à elles seules ont réussi à cristalliser les conversations entre consommateurs, experts en droit et spécialistes informatiques. Chacun ayant une vision spécifique de ce qu’il faut avoir mis en œuvre depuis le 25 mai 2018. Une effervescence qui ressemble à 2 évènements qui se sont produits il y a presque 20 ans : le bug de l’an 2000 et le passage à l’euro. Des transformations certes importantes mais qui ont à mon sens correspondu à une œuvre shakespearienne, Beaucoup de bruit pour rien. En bref, cette réglementation fait sens dans la relation commerciale, mais elle ne met pas fin à la prospection commerciale.

La RGPD vu selon le profil utilisateur

Le texte écrit par le parlement est dense. Pour ceux que ça intéresse, en voici le lien (https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R0679&from=FR). De fait, il donne lieu à pas mal d’interprétations. Pour schématiser :
les consommateurs ne voudraient plus rien recevoir sans en avoir émis le désir ;
Les avocats proposent de faire des contrats qui empêcheraient quiconque de poursuivre l’entreprise pour qui ils travaillent
Les spécialistes en informatique expliquent que si vous n’avez pas installé la dernière version de message indiquant qu’il y a des cookies sur votre site (vous ne pouvez pas le louper puisqu’il prend la moitié de l’écran), ou que vous n’avez pas acheté le logiciel qui fait tout, vous allez être poursuivi à hauteur de 4% de votre chiffre d’affaires.
Pour les entreprises devant se conformer à la loi européenne, loi qui devrait bientôt être validée au niveau Français, il est difficile de s’y retrouver. Et la seule chose qu’elles comprennent intuitivement, c’est que ça va coûter cher et qu’il faudra y passer.

RGPD autorise la prospection
Et si la RGPD interdisait la prospection commerciale, que se passerait-il ?

Prospecter avec la RGPD devient coquasse

Mais au-delà des contraintes techniques, c’est la notion du droit à la prospection sur lesquelles beaucoup d’entreprises s’inquiètent. Car pour vivre, les entreprises doivent vendre leurs produits ou leurs services. Et s’il est possible de faire affaires avec des clients que l’on connaissait avant le 25 mai 2018, qu’en est-il pour les autres ; ceux qu’on ne connait pas, ceux qu’on n’a jamais démarché et qui n’ont pas émis d’avis sur ce qu’on vend.
Ayant moi-même une activité de prospection en btob, je me suis retrouvé dans des situations amusantes (ou compliquées). Ainsi, des prospects que j’avais identifiés m’ont fait des retours légitimes, mais pour lesquels je n’étais certain de donner la bonne réponse.
Je n’ai pas autorisé l’utilisation de mon mail pour des démarches commerciales : je comprends votre demande et je ne vous contacterai plus ; mais alors comment je fais pour le savoir à l’avance sans vous connaître ? J’utilise les services d’un médium, ou je vous envoie une demande d’autorisation pour vous contacter, par pigeon voyageur ?
Votre mail ne me permet pas de m’en désinscrire comme l’exige la loi :
C’est vrai, et c’est ce qu’on appelle l’opt-out ; mais comment je fais pour insérer un lien de désabonnement dans un e-mail que j’envoie à l’unité avec OVH ? Cette possibilité n’existe que pour le mass mailing.
Je vous demande de me faire parvenir une copie de l’ensemble des données me concernant
 : OK, vous voulez que je vous envoie votre nom, votre société et votre e-mail – en clair tout ce qui est déjà contenu dans l’e-mail que je viens de vous envoyer ?
Je vous demande de supprimer toutes les données me concernant et de m’apporter la preuve de la suppression : là ça va être compliqué ; si je supprime tout je ne peux plus vous contacter pour le prouver ; ou bien je demande à mon fournisseur d’accès de détruire physiquement tous les serveurs qui ont conservé une copie de l’e-mail que je vous ai envoyé ?
Je monte un programme avec la CNIL sur prospection sauvage et harcèlement :  Sur le coup, j’étais très embêté par la réponse de ce prospect ; donc je suis allé voir la définition dans le dictionnaire ; Le harcèlement est un enchaînement d’agissements hostiles répétés visant à affaiblir psychologiquement la personne qui en est la victime. Je lui proposais un service d’accompagnement à la prospection pour le décharger de cette tâche, avec pour objectif une augmentation de son chiffre d’affaires. C’était loin d’être hostile à mon sens.

Informer les visteurs sur site
Pop-up “obligatoire” pour avertir le visiteur sur le site

Ce que dit la RGPD à propos de la prospection

L’avantage des situations qui vous mettent en difficulté, est qu’elles vous renforcent pour l’avenir. La plupart des retours évoqués ci-dessus ont augmenté après le 25 mai, du fait du surplus de communication autour du sujet et du manque de connaissance sur les contours du texte. J’ai donc pris un peu de temps pour voir si la RGPD mettait fin à la prospection en France. Pour la prospection à destination des professionnels la réponse est non, et c’est clairement dit dans l’article 47 de la loi. Chaque entreprise a le droit de prospecter d’autres professionnels, en respectant certaines conditions qui concernent l’opt-out dans les e-mails et la possibilité, donnée à votre prospect de s’opposer à ce que vous revendiez ses informations personnelles. Si vous appliquez ces 2 principes, sachez que vous pourrez démarcher n’importe quelle entreprise ou n’importe quel chef d’entreprise, même si vous ne le connaissez pas. Et aux prospects qui vous demandent de supprimer leurs données, vous êtes dans la possibilité de leur répondre par la négative considérant l’article 6 point f : le traitement est nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable du traitement ou par un tiers ; tant que cela n’enfreint pas les droits fondamentaux et les libertés du destinataire, vous avez le droit.

RGPD et prospection
La prospection BtoB est possible avec la RGPD

Continuez à prospecter librement en btob

En conclusion, pour ceux qui ont l’objectif de prospecter, ne retenez qu’un seul article, le 47. Et apprenez la dernière phrase de l’article par cœur : Le traitement de données à caractère personnel à des fins de prospection peut être considéré comme étant réalisé pour répondre à un intérêt légitime.

Pour rester en ligne avec la législation, adressez vos offres à des personnes susceptibles d’être intéressées ; Dans la mesure où votre offre et votre message sont en rapport avec la profession de la personne démarchée, vous n’avez aucunement besoin d’un consentement préalable du prospect (OPT-IN). Mais, vous devez appliquer un OPT-OUT valide sur vos campagnes e-mails envoyés en masse.

En clair, la RGPD n’a donc fondamentalement rien changé à la prospection.

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